Le chemin ardent qui se trouble sous mes pas.
Je marche, avance, progresse, me fige
Au pied d'un grand cerisier fleuri au bord d'un lac.
Je m'adosse à son tronc doux et lisse
Et me laisse allonger entre ses élégantes racines
Qui pourtant ne me font rien ressentir.
Les passants passent, se promènent en joie,
Les jeunes filles rient dans tous leurs éclats.
Pourtant, les paillettes insolentes qui les entourent
Me font mourir, me tuent, m'assassinnent à petit feu.
Je tiens mon coeur fendu de toutes parts :
Je ne saignes pas, mais derrière mon parcours,
J'ai laissé, invisible, un sillage pourpre
Relié cruellement à ma poitrine douloureuse.
Le cerisier fleuri m'abrite de la cruauté des passants,
M'apaise, me berce, me réconforte de ses roses pétales
Qui dansent, brassent l'air en multiples valses gracieuses.
Une pluie rose, où je peux enfin libérer mes larmes
De leurs chaînes profondément ancrées dans ma chair.
Un rideau qui se baisse sur moi, mourant vivant,
Derrière lequel ma Dulcinée, blessée, a trouvé refuge.


